
Retrouver la broderie : là où tout a commencé
"Les fils qui nous façonnent sont souvent ceux qui ont toujours été là." – Anonyme
Retrouver la broderie : là où tout a commencé
Quand je regarde en arrière sur ces vingt dernières années, une chose est évidente : la broderie a toujours été là, discrète, patiente, à m’attendre.
Certains de mes tout premiers souvenirs de broderie viennent de longs étés passés dans le sud de la France. Nous descendions du Royaume-Uni pour passer les vacances chez mes grands-parents français. Les après-midis étaient chauds, lents et silencieux. Mon grand-père faisait la sieste, ce qui signifiait rester à l’intérieur… et surtout ne pas faire de bruit.

Ma grand-mère était très manuelle. Elle a essayé de m’apprendre le tricot et le crochet (je n’étais pas très douée), puis elle m’a fait découvrir la tapisserie. C’était coloré, un peu kitsch, et j’ai adoré immédiatement. Elle m’a appris le demi-point et, sans le savoir, elle a planté une graine. Une passion est née là, dans le calme de ces après-midis d’été, même si elle ne s’épanouirait pleinement que bien plus tard.
Quinze ans ont passé.
La broderie est revenue dans ma vie au moment où j’en avais le plus besoin. Je vivais à Dijon, où j’enseignais l’anglais à des adultes dans mon premier vrai poste. Je connaissais peu de monde et, pour être honnête, je me sentais très seule.
À côté de l’école de langues se trouvait une mercerie devant laquelle je passais au moins deux fois par jour. Un jour, je me suis arrêtée devant la vitrine. Il y avait quelques tout petits kits de point de croix. L’attirance a été immédiate. Je suis entrée, j’en ai acheté un, et je l’ai emporté chez moi.
Ce soir-là, en brodant, quelque chose a changé. Je me suis sentie accompagnée. Entière à nouveau. Chaque jour, je n’avais qu’une hâte : rentrer chez moi pour continuer à broder. À ce moment-là, la broderie a comblé un vide. Elle m’a doucement rappelé qui j’étais et a ravivé une passion que j’avais presque oubliée.
À partir de ce premier petit kit, tout s’est mis à grandir. J’ai commencé à broder des ouvrages de plus en plus grands, souvent autour des saisons, et je pratiquais chaque jour. Point après point, ma confiance augmentait. Je me sentais plus calme, plus ancrée, plus alignée.
La vie avançait aussi. Nous nous sommes mariés. Nous avons eu notre premier enfant, Thomas. J’ai beaucoup brodé pour lui, à partir de kits et de modèles issus des nombreux magazines de point de croix de l’époque. La broderie faisait désormais partie de mon quotidien, un fil constant à travers les changements, l’évolution et les nouveaux départs.
À ce moment-là, je n’imaginais absolument pas que cette passion discrète deviendrait un jour mon métier.

Lorsque nous nous sommes installés en Provence, j’étais toujours professeure de langues, enceinte de notre deuxième enfant, et je brodais encore, mais je commençais à manquer d’idées originales qui me stimulaient vraiment. Après la naissance de Lily, j’ai eu la chance de pouvoir rester à la maison. Mes journées ont trouvé un nouveau rythme : m’occuper de mes enfants et broder dès que je le pouvais.
Puis un ami m’a posé une question toute simple : pourrais-je créer un abécédaire catalan ? Lui et mon mari sont originaires de cette région et rêvaient d’un alphabet illustré qui lui rende hommage.
J’ai commencé par réfléchir aux idées, dessiner des motifs, et construire doucement un modèle.
Une fois les bases posées, j’ai commencé à le broder. Deux ans plus tard, il était terminé.
Cette pièce, née du temps, de la patience et de la curiosité, a marqué le véritable début de ce qui allait devenir Tom & Lily Creations.
Avec le recul, il est clair que la broderie n’est pas entrée dans ma vie comme un choix de carrière soudain. Elle a grandi doucement, est revenue à moi quand j’en avais le plus besoin, et a évolué naturellement au fil de ma vie.
Parfois, les fils les plus importants sont ceux qui ont toujours été là.
Bonne Broderie !

